J'admet avoir été fascinée très longtemps par cette capacité qu'à le perroquet à s'attacher très profondément à son soigneur.
Depuis toute petite, je m'imaginais des histoires où j'étais exploratrice, avec mon petit perroquet sur l'épaule! Ridicule!^^
J'ai choisi un EAM pour que tout soit plus facile, qu'il s'attache tout de suite à moi!
J'ai toujours fait en sorte que ma grise ne manque de rien, mais à mon sens, jouets, grande cage, sorties et câlins étaient le plus essentiel d'une vie de perroquet captif!
Je me suis toujours énormément occupée de ma grise. Sans arrêt fourrée avec elle, tous les jours.
D'ailleurs, cette relation fusionnelle, et finalement cette dépendance mutuelle à toujours vouloir être toutes les deux m'a fait perdre tous mes amis humains.
J'appelais affectueusement Indie "ma tumeur grise à l'épaule"!^^ D'ailleurs je me rappelle que de ne plus avoir cette "sensation" d'avoir un perroquet sur l'épaule me faisait toujours bizarre.
Indie n'avait pas toujours été très à l'aise, elle était plutôt introvertie, et avec beaucoup de travail, elle avait gagné confiance en elle et en moi.
J'ai toujours fait d'elle ce que je voulais, elle avait une confiance quasi aveugle. Je trouvais ça touchant.
Aujourd'hui je trouve cela malsain.
Avec Indie, j'ai tout fait, on a tout vu, déménagements, voyages, vol libre... nous étions soudées et inséparables. Pendant mes absences, scolarité oblige, Indie s'entendait avec tout le monde, elle était malgré tout très sociable. Tant qu'elle était entourée, elle se passait de mes absences.
Mais dès qu'elle se retrouvait toute seule, c'était pour elle un vrai supplice. Cris incessants, anxiété... elle cessait de se nourrir jusqu'au retour d'un humain... même la présence du chien ne changeait rien à cette attitude.
Naïve que j'étais, je trouvais la situation touchante! Ma grise nous aimait tellement qu'elle était capable de se laisser mourir jusqu'à notre retour!
Au moment de sa maturité sexuelle, les crises d'anxiété ce sont amplifiée. Son comportement était instable, et elle semblait "choisir" un humain. Bien souvent ce fut moi, puis lorsqu'elle m'avait trop vu, quelqu'un d'autre.
Elle devenait soit agressive, soit excessivement affectueuse. Elle ne jouait plus, elle ne mangeait plus durant nos absence, elle se laissait dépérir.
Le pire c'est que dans sa détresse, je suis restée aveugle, je n'ai rien perçu comme tel.
En fait, pour la personne naïve et ignorante que j'étais, je me disais "tant qu'elle ne se pique pas, c'est que tout va bien".
Entre temps j'avais adopté Capsule, une calopsitte, elles s'entendaient très bien, mais toutes deux souffraient de mes absences, et réagissaient à peu prêt de la même façon. Très rapidement j'ai pris un compagnon à Capsule, pour qu'elle garde un peu d'indépendance, et en effet, ça lui a fait le plus grand bien, elle ne souffrait plus quand je n'étais pas là. Et pourtant était toujours très heureuse de me retrouver.
Je ne souhaitais pas prendre compagnon pour Indie, dans le désir purement égoïste qu'elle reste toujours très proche de moi. Comme je le lisais si souvent "si tu lui prend un compagnon, elle risque de te délaisser". Bien que ce ne fut pas le cas avec Capsule, je ne voulais pas prendre le risque. Puis après tout, "Indie devait être heureuse avec moi, puisque moi l'était avec elle".
J'étais persuadée qu'elle l'était. Elle sortait quasi toute la journée, elle avait des jouets variés, en permanence, des perchoirs et cordes dans tout l'appartement, une alimentation équilibrée, variée, je la stimulais par des jeux, du foraging, bref, elle ne manquait de rien, alors pour moi, tout baignait.
Jusqu'au jour fatidique où elle a commencé son picage.
Malheureusement, ce ne fut qu'à ce stade de sa détresse que j'ai commencé à réagir. Je ne vous cache pas que je suis tombée de haut! Je ne comprenais pas, elle avait tout pour être heureuse, et moi je l'étais avec elle!
Dès lors, j'ai remis en question tout ce que je savais, tout ce que j'avais appris, et tout ce qu'on "m'avait dit"... j'ai remis en cause de savoir des éleveurs qui m'avaient conseillé, des passionnés et propriétaires que j'avais côtoyé.
Aujourd'hui, après plus d'un an, le picage est de l'histoire ancienne.
J'aurais dû réagir dès ses premiers troubles, et si je ne l'ai pas fait, c'est par ce que je ne les avais pas perçu comme tel. Mon ignorance aura été fatale à ma pauvre petite grise, qui ne demandait qu'à se sentir perroquet.
Le picage se voit lui, on le repère au premier coup d'oeil, alors que les autres troubles sont plus discrets, et pourtant non moins significatifs!
J'ai appris ce qu'étaient vraiment les perroquets, et comment les épanouir.
Aujourd'hui, je ne cherche plus à nouer avec eux cette relation si fusionnelle et malsaine que je recherchais. Et je veux que mes erreurs servent. Je ne les referai plus, mais aussi je souhaite informer les proprios et me lancer dans l'éthologie des oiseaux.
Plutôt que de stagner dans mes remords, je préfère aller de l'avant.
Et comme j'aime le dire, nous n'avons rien à apprendre à nos animaux, mais tout à apprendre d'eux.
Aujourd'hui j'ai compris ma grise, et elle m'en remercie par sa simple joie de vivre au quotidien. Elle ne souffre plus, elle et son compagnon sont épanouis, alors moi aussi.
Voilà ce que j'ai appris.
